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16/04/2013

Des jeunes à la ferme

Educatrice de 6 jeunes avec leur truc en plus, j'accompagne chaque semaine les ados du groupe à la ferme. L'occasion pour eux de s'ouvrir au monde animal, d'augmenter leur vocabulaire, susciter leur curiosité et apprendre la gestion des émotions.

Y a K. qui déteste la saleté et dont la veste à été léchée par une vache. Du coup, la vache "elle bave" est sa réplique préférée dès qu'on parle de la ferme. Mais au fil des séances, il s'approche de plus en plus des poules jusqu'à leur faire un calin.

Y a Y. qui veut toujours mettre sa main dans la bouche des vaches, qui est morte de rire à l'idée de tenir une poule. En même temps, en séance de groupe, elle ressort les bruits des animaux, reconnaît des animaux sur des images, elle qui a si peu accès à la parole.

Y a D. qui est terrifié par les oiseaux mais qui arrivent de plus en plus à s'approcher des volatiles, poussé par la curiosité plus forte que son angoisse.

Y a X. qui veut toujours savoir ce qu'on va faire après, mais en même temps qui adore allez voir "mamie" c'est-à-dire le cheval Joséphine, or qui dit Joséphine dit Mimie Mathie, c'est-à-dire Mamie dans sa bouche.

Y a A. qui a compris tout le cycle de la nature, et qui sait à quoi sert le foin, d'où vient le lait, qui a des plumes ou des poils... Et qui étale sa nouvelle science à qui le veut bien.

Et puis y a S. tellement enfermée dans son monde intérieur et sa relation avec un alter-ego photographique représentant Michaël Jackson, qui arrive à laisser Jackson pour aller à la rencontre des chèvres ou faire du beurre. 

Tous ces petits éléments insignifiants pour nous mais tellement importants pour eux font de chaque séance à la ferme une vraie découverte...

25/03/2013

A quoi on sert?

Pour ceux du fond qui ont pas suivi, je bosse en Institut Médico-Professionnel avec 6 ados/jeunes adultes handicapés mentaux. Le nom de l'établissement est bien ironique, puisqu'on est très loin du professionnel: Y. qui porte des couches ou A. qui ne peut pas faire une activité d'une demi-heure sans qu'on le stimule sont très loin d'un avenir professionnel.

Non, je les aide à vivre heureux, à trouver leur voie, leur chemin. Je les aide aussi à se relier à nous, à sortir de leur bulle et s'intégrer dans la société. Pour cela, je joue un continuel jeu d'équilibre entre les lois de la société, les besoins particuliers de ces adolescents, les souhaits de leurs parents et de l'institution. Heureusement, je ne suis pas seule sur mon fil d'équilibriste, j'ai une équipe avec moi.

Et puis, j'ai des petits outils que je sors de ma boîte à malice: activité cuisine, peinture, papier maché, informatique, jardinage... Loin de moi l'idée de les transformer en as de la pizza ou en Picasso de l'IMPRO, mais l'activité permet de travailler créativité, expression, motricité, respect des consignes... Loin d'être une fin en soi, elle permet la rencontre.

A mes débuts à l'IMPRO, j'avais du mal à ne pas mettre les jeunes dans une spirale du faire à tout prix, ayant peur de trop de vide. Peu à peu, je me laisse gagner par l'idée qu'ils ont besoin de temps plus libres où il n'y a pas de contrainte mais où ils s'accrochent selon leur choix à ce qu'on propose. Je découvre que chacun a un temps différent, mais que tous ont les capacités de nous interpeller, de nous surprendre.

Et, ils suivent leur chemin peu à peu, à leur ryhtme. Ils évoluent sans qu'on sache d'où ça vient, sûrement le mélange magique de l'âge, de l'évolution de leur personalité, du groupe auquel ils appartiennent, des éducateurs qu'ils ont rencontrés... Peu à peu, on voit Y. commencer à dire "non", A. venir s'asseoir avec nous, X. imaginer des histoires...

Et on continue chaque jour, on sait toujours pas à quoi on sert, mais tant qu'on a la certitude de servir à quelque chose, on continue à venir bosser, chaque jour.

09/09/2012

J'ai testé pour vous: le sentier pieds nus (avec chevaux fous)

Parce que je suis une folle risque-tout, j'ai tenté le combo fou: sentier pieds nus, personnes handicapés, animaux en furie!

Je vous fait peur et vous vous demandez ce que j'ai bien pu prendre comme substances illicites? Je passe aux aveux: avec les jeunes dont je m'occupe, nous avons fait une sortie par ici.

A ma gauche nous avons donc un sentier pieds nus, avec reliefs, différentes textures de chemin (boue, gravillons, sable...), montée, descentes... A ma droite, nous avons 6 ados handicapés mentaux, avec lesquels nous travaillons la gestion des émotions, la socialisation, l'endurance, la motricité, l'ouverture sur le monde...

C'est bien beau tout ça, mais en pratique ça signifie surtout que ces jeunes ont besoin de tout notre accompagnement pour faire ce chemin, à leur rythme, avec leurs chaussures si besoin. Pour eux, les sensations et le plaisir étaient bien présents. Par contre, pour nous, assurer leur sécurité fut bien prenant, on s'en doute.

Tout se déroulait assez bien mais c'était sans compter des invités surprises: des chevaux têtus et Charlie, la chèvre folle! Ces fous d'Allemand ont placé leur chemin au milieu d'un troupeau de chevaux, et nous avons donc dû traverser un attroupement de canassons!!! Alors que tous les autres visiteurs traversaient sans souçis, les jeunes étaient effrayés, tendus, presque énervés.

Heureusement, des jeunes filles du club d'équitation sont arrivées et après quelques explication en allemand rouillé, elles ont accepté d'éloigner les chevaux. Nous n'étions pas tirés d'affaire pour autant, puisque Charlie la chèvre folle est entrée en scène, et a commencé à vouloir donner des coups de cornes! Un des jeunes a été frolé par la chèvre et, manque de pot, c'était le jeune le plus émotif!

Pendant que mes collègues ont mis tout leur savoir-faire pour le rassurer, j'alpaguais une autre allemande en la suppliant d'enlever cette maudite chèvre. Elle était pas trop motivée, mais je n'allais pas la laisser partir sans sa chèvre. Enfin, nous pouvions tous nous éloigner de ce troupeau funeste.

A la fin du parcours, je suis quand même allée raler un bon coup auprès des gérants du parcours par rapport au danger potentiel de ces animaux, surtout face à des ados handicapés. Mais, la responsable a pris ma remarque par dessus la jambe. Une chose est sûre, on ne nous y reprendra plus!